Famille BAUDET (Arras)

"L'humanitè assise est minèe par la fatigue nerveurse. Courir, c'est le moyen d'èchapper a la sèdentaritè."
41 jours : Trail Verbier X-Alpine (110Km)
96 jours : Ultra-Trail du Mont-Blanc

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CCC(c) 2012 ; la petite porte de l'UTMB; 90km 6000D+ , (revu cause météo)

C'est FAIT en 17h31 dans la pluie, la boue , la neige le vent !  540eme / 1584 arrivées sur 1839 partants ! GEANT !

tout ce que l'on aime pour cet ultra-trail d'exception ; on a eu plein de sensations !

Le vendredi 31 Aout; départ 10h de Courmayeur... 

CCC2012 ; un ultra-trail en condition hivernale ; un projet de 15 mois !

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LES BUS SONT LA

Vendredi 31 Aout, 7h du matin ; le sac sur les épaules, je m’apprête à descendre vers l’église de Chamonix et je croise une concurrente de la TDS qui a fini, après 24h de course et 58% d’abandon ; je la félicite et lui dit « A nous de jouer maintenant la CCC ». Les cars sont sur la place du marché de Chamonix et nous attendent avec notre ticket de passage ; je ne suis pas avec Laurent, Fabrice ou Fabienne, je pars dans les premiers cars à 7h30.

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LA TRAVERSEE DU TUNNEL AVEC UN ELITE

Je m’assois  à coté d’un traileur du club des sports de Chamonix qui fait partie de l’élite et compte arriver dans les 40ème… Un monde nous sépare, il est étonné que je vienne du Pas de CalaisEn arrivant à la sortie du Tunnel un « Houa !!! » collectif retentit : il faut beau à Courmayeur alors qu’à Chamonix, il pleut.

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CROIX ROUGE SUR LE DOSSARD

La Météo se dégrade rapidement à Courmayeur et suite au conseil de l’organisatrice, les sur-pantalons étanches sont mis ; d’autres optent plus léger mais le matériel obligatoire est dans le sac, des contrôles par des commissaires de courses sont effectués ; mon sac y passe et je gagne une petite croix rouge sur mon dossard !

METEO HIVERNALE : MODIFICATION DE PARCOURS

Le briefing indique une modification des parcours de la CCC et l’UTMB ; ce dernier ne passerai pas par l’Italie et la Suisse, et ne rejoindra pas notre parcours à courmayeur.

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COMME PREVU, LA TEMPÊTE EST AU FOND DU VAL FERRET

La montée au refuge Bertone fut rapide, avec un hélico qui tournait, mais il fallait me ménager et ne pas griller mes cartouches, malgré la pluie qui avait cessé. La traversée vers Bonnati et Arnuva dans la descente boueuse avec un super accueil (« Bravi »,  « Bravi » ) avec de la musique  nous révèle un paysage vers lequel  nous nous dirigeons : la tempête. Je pense à mes amis qui sont dans la deuxième et troisième vague à 10h10 et 10h20 !

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La neige recommence à tomber au refuge Elena et le brouillard est de la partie ; la montée sur Grand col Ferret est vraiment la réalité décrite par Madame Poletti,  l’organisatrice lors du briefing à Courmayeur : Le vent, la neige de face, sur le coté, à droite et a gauche, en fonction du tracé du chemin.

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UN COSMONAUTE  JAUNE DANS LA NEIGE

A 14h15,  Le col Grand Ferret à 2537m d’altitude avec un cosmonaute jaune qui nous bip le dossard ; les autres sont dans des cubes en verre et tentent de se réchauffer  à l’aide d’un groupe électrogène. Je fais quelque photos, hé oui… ça parait bizarre mais je prends le temps… on n’est pas sur un marathon et c’est extraordinaire de se trouver là en trail à cette altitude par cette météo ! Il doit faire au -5° avec ce vent.

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LA DESCENTE SOUS LA NEIGE ET LA PLUIE VERS LA FOULLY

La descente vers La Fouly est longue et un peu douloureuse pour moi ; je ne suis pas bon en descente et je laisse passer les TGV (traileurs Grand Vitesse) ; je ne veux pas me blesser et je compte assurer  mon arrivée et préserver mes jambes.

Enfin La Fouly, charmant petit village suisse et son Ravito bienvenu ; je tape sur la main de Dhouha, l’amie de Fabrice et elle me salue ; je comprends que Fabrice est encore derrière, malgré mes lentes descentes ; il ne m’a pas rattrapé et j’espère qu’il va bien ; je n’y reste que 3 minutes, je ne veux pas me refroidir, juste boire et manger un peu ; j’ai des réserves.

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SYMPATHIQUE DESCENTE VERS CHAMPEX AVEC « WATERLOO »

La descente vers la petite montée de Champex est très belle et à bonne température… mais cette fois c’est la pluie qui s’invite … Je sympathise avec un belge de Waterloo (prés de Bruxelles) pendant quelques kilomètres et il me confie que sa femme est une gazelle, loin devant nous… on  échange sur la bataille de Napoléon et nos difficultés à s’entrainer dans nos pays mais quel  défi ; Je lui fait remarquer qu’il y a de belles sculptures d’animaux en bois sur ce chemin que j’avais reconnu en Mai dernier , puis je le perds dans la montée après qu’il m’ait donné le dernier SMS des barrières horaires de cette CCC :  J’angoisse alors que j’ai 3 heures d’avance sur la barrière horaire.

Je croise des jeunes filles au tee-shirt bleu en délire total en nous voyant passer et je leur check les mains en passant ; je les retrouverai à Champex et leur dit Merci puis je les laisse aux autres participants (et non concurrents, nous sommes tous des frères en trail)

      

CHAMPEX ET SON CHAPITEAU EN ETUVE

Enfin Champex et la moitié du parcours ; je rate mon père qui ne m’a pas reconnu sous ma combinaison de pluie, j’y reste 17 minutes seulement ; je ne veux pas tomber dans le piège de s’assoir, de se changer et d’informer son corps que c’est fini ! Enfin c’est comme cela que je le vois. Je me restaure avec de la soupe, compotes, biscuits, pain… je sais que la nuit est dans 1 heure et qu’il faut emmagasiner du carburant pour les muscles et surtout  le froid… je garde ma troisième couche d’habits sèche, ma polaire dans le sac, bien protégée en cas de problème ou de blessure qui pourrait m’immobiliser.

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Je consulte mes SMS , et je m’aperçois que Nicolas (un ami traileur qui n’a pas eu la chance d’être tiré au sort), des collègues du bureau, Agnès qui a été forfait et bien-sur ma femme me spamment depuis le début et suivent ma progression ; je ne veux pas les décevoir ; je finirai ; d’ailleurs je n’ai pas de douleurs, pas froid , toujours très motivé et je connais les 2 prochaines étapes que j’ai repérées  en famille le mois dernier ...

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MISSION BOVINE AVANT LA NUIT

Je reconnais un français au petit drapeau tricolore sur son dossard, on discute un peu, il vient de Haute-Normandie, on parle du temps, pas si catastrophique, sans savoir que la neige nous attendait au tournant… On fait les fiers d’avoir affronté cette première partie puis il me dit ; « bonne chance, je me préserve dans la montée » et il monte à son rythme… je pars donc seul et il me doublera dans la montée après avoir fait une pause réconfort pour recharger les batteries et surtout boire de la boisson énergétique… surtout boire avant d’avoir soif et manger avant d’avoir un coup de barre…

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L’ARBRE FOUDROYE ET LES SAINT-BERNARD MECHANTS

La neige est sur le plateau et l’arbre foudroyé est toujours à la même place depuis Mai ; mais avec un autre éclairage… J’arrive devant des balises et deux St-Bernard m’empêchent de passer… je tente mais j’ai du mal à comprendre que ce n’est visiblement pas à travers les dents de ces gentils bestiaux que la CCC va passer… en fait il fallait tourner à gauche où une bergerie nous attend avec ravito et pointage ; superbe endroit ; je n’y reste pas beaucoup ; change des gants mouillés, frontale sur la tête car la nuit tombe : il est 20h13 ! Plus que Catogne… mais la descente vers le col de la Forclaz est longue et je me fais doubler malgré la belle portée de lumière de ma frontale qui avantage mes suiveurs ; je n’aime pas être suivi et être pressé ; c’est là que l’on peux chuter pour essayer de rester dans le rythme de l’autre. Les phares des voitures sur la route du col indiquent que l’on approche … seul repère dans cette nuit.

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TRIENT ; CA VA ?

Au col de la Forclaz, on se dirige vers le glacier de Trient… un chemin très plat, agréable, que j’ai parcouru au soleil avec ma famille… cette fois c’est en pleine nuit et sous la pluie. Au bout de quelques minutes, je m’impatiente de descendre enfin vers Trient… puis ça tourne… et j’entends les bruits du Ravito et de la route ou deux gilets Jaunes arrêtent les voitures pour nous permettre de traverser sans danger, dans la lumière des phares on peut alors se rendre compte qu’il pleut beaucoup !

Grosse Surprise à Trient, le Ravito est à 150m du détecteur de passage automatique… j’hésite un instant à continuer sans y passer… mais il faut reprendre une soupe et assurer la dernière montée… Un bénévole me demande « Ca va Christian ? » ; je lui réponds « Oui… et vous ? C’est la fête, merci d’être là pour notre confort » ! En sortant de la tente je m’esclaffe « Ho, il pleut ! C’est bête, il faisait pourtant  beau il y a 10 minutes » ; Un organisateur sourit à la plaisanterie et me souhaite bon courage et me disant : « ca sent l’écurie ! ».

22H-CCC-CB SUR UNE BRANCHE

Direction Catogne avec cette montée que mes enfants ont détestée en Juillet dernier ; je les entends encore râler,  comme une vengeance ce soir. En fait ce qui va me booster , c’est un traileur qui me dit « t’es une bonne locomotive toi ! » et j’ai 4 traileurs qui s’accrochent à mon rythme sans s’arrêter et en doublant même quelques « locomotives essoufflées »… pour une fois que je doublais... La Bergerie de Catogne est allumée et je me dis que les occupants doivent nous considérer comme des fous dans cette tempête de neige… Juste avant le plateau, je distingue la marque sur une branche morte d’un sapin que mon oncle avait gravée en juillet dernier « 22h-CCC-CB » ; il est 23h, j’ai une heure de retard mais ce n’est pas grave ; je suis toujours dans la course, sans blessure, sans avoir trop froid et avec encore quelques forces !

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CATOGNE ET LE CARRE NEIGEUX

Après quelques minutes, apparait  un feu de bois irréel dans cette neige et cette nuit : un Ravito ? Une grange ? Une bergerie avec du réconfort ? ca tombe bien ; mes gants sont trempés et je commence à ressentir le -10°, mes orteils sont gelés au contact de la neige qui refroidit les chaussures ! Juste un grand cube où un contact dossard a été mis en place… je n’en reviens pas de les trouver à quatre dans le vent et les bourrasques de neige ! C’est extraordinaire de rencontrer ces bénévoles qui vont redescendre bien plus tard, après une nuit blanche dans le froid à guetter les frontales ! « Aller Christian ! Bienvenue à Catogne » ; « Merci, Merci d’être là » ; je réponds ; « Ca va ? » me lance une des filles ; « Bien-sur ; il fait beau ! »  et  je les laisse derrière moi en pensant de longues minutes à eux.


 

TRAILEUR EN FEU DE DETRESSE ?

Les virages sont impressionnants et je reconnais le bruit de la cascade, des lampes clignotantes de chantier nous alertent sur les courbes dangereuses ! Trop drôle ces clignotants dans la montagne… un peu plus je pensais que c’était un traileur en feu de détresse !

VALLORCINE 1h05 !

Le son du Ravito de Vallorcine monte de la vallée ; mais c’est encore loin et les lumières de ce beau village ne sont toujours pas visibles. Le chemin de descente est long et je ne sais vraiment pas où je suis et où je vais… les fanions jaunes fluorescents sont heureusement là pour nous indiquer le chemin. Enfin un panneau « Vallorcine 1h05 » ; je me dis ; « bon, Christian ; faudrait allumer si tu veux te restaurer dans 20 minutes et te taper une bonne douche et un bon lit vers 2h30 du matin » !

J’allume un peu en descente mais je me fais toujours doubler… Arrivé à Vallorcine, ambiance du tonnerre car tout le monde ici sait qu’on a fini.

BONJOUR « ALIX et PAUL »

 Je ne reste pas trop longtemps ; la pluie continue, le chemin vers le col des Montets m’est familier, mais dans l’autre sens,  lors de trails. Je marche très vite ; aussi vite que certains qui essayent de courir sur ce faux plat. Enfin le col et le chemin du marathon du mt-blanc à l’envers. Je dis bonjour à mes enfants qui étaient juchés sur un caillou en Juillet dernier « Bonjour Alix et Paul » ; ca me donne du courage car je ne sais pas trop comment ils vont nous faire arriver au Lavancher. J’explique en anglais à un futur finisher que ça ne va plus trop monter et que c’est gagné.

LAVANCHER ET HUMOUR

Le Lavancher est franchi avec une traileuse qui me sèmera dans la descente ; ce n’est pas grave ; je savoure cette descente dans le noir ; je ferme les yeux mais je me fais peur en frôlant l’endormissement alors que mes jambes courent toutes seules. Dans le bois du Boucher, trois dames me disent « encore 3km et vous êtes arrivés » ; je rétorque en rigolant « ha zut alors , je m’arrête là » ; stupeur et incompréhension ; elles m’encouragent à continuer et ne pas lâcher. C’est plus long que prévu cette descente vers Chamonix mais il y a toujours des personnes le long du chemin malgré les 3h du matin !

JE RALENTIE POUR SAVOURER

&nnbsp;« A l’atero des parapentes » ; un jeune me dit « super, allez relance ! » ; je lui dit « Non… je savoure !» ; je ne voulais plus que ça s’arrête ; j’étais sûr d’arriver maintenant, heureux d’avoir fait cette boucle et je savais que l’arrivée serait un grand plaisir solitaire sans public. J’ai même raté mon père qui m’attendait encore à l’arrivée, à 3h 30 du matin ! Dans la rue principale de Chamonix ouverte pour nous… quel bonheur d’arriver et de faire cette boucle devant le casino … comme les premiers ; comme les derniers ; comme tous les finishers.


 

FELICITATIONS MONSIEUR

Deux  photographes immortalisent cette arrivée à 3h31 ce samedi 1er septembre et un organisateur me serre la main avec mes gants mouillés ; je suis très honoré et surpris d’entendre « félicitations ».

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Mon badge électronique de passage est détaché de mon sac et je récupère mes 20€ de caution ; je me dis j’ai gagné 20€ pour 17h30 de course… SUPER ! J’ai failli rater le stand du blouson bleu de finisher. Je retrouve enfin mon père qui a été prévenu par le SMS d’arrivée.

NUIT EN TRANSE

La nuit fut courte et je n’ai pas réussi &agraagrave; m’endormir ; je tremblais encore de tous mes muscles, j’étais en transe et en rêve et je revisionnais toutes ces belles images et sensations.

PARTAGE ET FOLIE

Aujourd’hui, j’ai du mal à partager ce que j’ai vécu avec d’autres ; c’est difficile d’expliquer sans être « traité » de fou ; c’est surement normal ; il y a 2 ans en regardant le poster 2010 de l’UTMB, je considérais les ultra-traileurs comme cela. Se confronter à la nature et à sa nature est le plus beau challenge de l’homme ; il faut oublier son chrono et l’égo de sa place comme sur les courses sur routes ; rester en communion avec ses forces et ses faiblesses, bien gérer sa course à tous les niveaux ; l’erreur se paye de suite en trail.

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MERCI

Merci à l’organisation et aux bénévoles et rendez-vous l’année prochaine pour la CCC ou la TDS ; Mince, encore 12 mois à attendre !

Annexes

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Quelques vidéos sur Dailymotion

Grand col Ferret dans la tempête de neige.

Le Ravito de La Fouly et à Champex. 

Montée à Bovine.

pour info... La plus grande course de 166km UTMB qui devait partir pour 48h le vendredi soir a été réduite à 100km et n’est pas passée par nos traces qu’ils devaient prendre ; il ne pouvait plus annuler la notre et mettre un itinéraire bis ! tant mieux !

On a été les seuls à avoir autant de neige et avoir traverser les 3 pays !

Au niveau de mes amis qui ont pris la course avec moi ... Fabienne abandonnera à Champex piégé par le confort du Ravito; Laurent arretera à La Fouly et Fabrice arrivera à 6h15 du matin A Chamonix; quelque soit le résultat ils ont été au bout de leur mental et de la force; Bravo et félicitations.

Un Article du Journal LEMONDE du Samedi 8 Septembre 2012 Page "Sport & Forme" sur la CCC 2012.

Inscription confirmée dés le 19 janvier ! Arrivée effective à 3h31 Samedi 1er Septembre au petit matin !

les photos sur PICASSA