Famille BAUDET (Arras)

"L'humanitè assise est minèe par la fatigue nerveurse. Courir, c'est le moyen d'èchapper a la sèdentaritè."
41 jours : Trail Verbier X-Alpine (110Km)
96 jours : Ultra-Trail du Mont-Blanc

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Contexte de cet Ultra-trail TDS

Enthousiasmé par la CCC (courmayeur-Champex-Chamonix 92km 5500d+) en 2012 dans des conditions extrêmes  et ayant largement les points pour me présenter sur L’UTMB en 2013 ; je ne pensais vraiment pas être dégagé au tirage au sort le 19 janvier 2013 ; Le choix de la TDS fut naturellement fait et dans la minute du tirage au sort ; c’était un choix par défaut qu’il aurait été  malsain de le prendre à la légère. Il faut grimper par étape jusqu’à un éventuel UTMB et la TDS a été la pour me le faire sentir. J’ai peu à peu pris en considération et en respect cette course délaissée par les coureurs de la CCC et l’UTMB ; elle ne mérite pas ce dédain et force le respect au niveau de la beauté, de sa variété de paysage et de ses chemins magnifiques. Je suis arrivé battant et volontaire le 28 Aout au matin, avec un peu de doute et de stress mais l’envie d’en découdre et de prouver que ce n’était pas une course par défaut mais bien un gros challenge que je devais passer et réussir.

Le SAC et le dossard  et l’équipement.

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Je ne suis pas fétichiste mais presque ; dans la poche intérieure, une pièce suisse trouvée lors de la reco CCC en 2012 avec Fabrice, une clé USB ‘Maya l’abeille’ que Gaëlle m’a offerte (elle a fait les gros entrainements avec moi (pas Gaëlle ) ; une petite fiole de Potion Magique  de la peluche d’Astérix que Louis m’a confiée pour avoir des forces ; des chaussettes roses datant  de ma première reconnaissance du trail des aiguilles rouges en 2011, mes bâtons (2 poignées de mains droites) …

La nuit et le départ

Couché vers 22h30 ; très dur de se concentrer pour dormir ; je somnole jusqu&rsrsquo;à 1h30 ; enfin 3h du matin, c’est fini je ne pourrai pas me rendormir ; 4h, je me décide à me lever et ne pas attendre le réveil de  4h30 ; je prends mon temps, essaie de manger des mini gâteaux sport avec de jus d’Orange ; ça passe mal.

Mes parents se lèvent vers 4h45 quand je m’apprête à partir. Merci de votre soutien et je remontre le sac que mon père doit m’apporter aux Contamines vers 1h du matin.

Je leur remontre les documents cartes et horaires de passages ;

Les Bus et le V2

Je passe exactement par le même chemin que l’année dernière en ne passant pas en dessous l’arche d’arrivée ; mais touchant le pilier droit et lui dit… ‘À demain’.

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Les pancartes des bus de 5h, 5h15 et 5h30 sont en place ; nous montons rapidement dans les bus et un V2 d’origine de Saint-Quentin en Yvelines s’assoit à coté de moi ; il a fait de beaux trails comme les templiers et le grand raid des Pyrénées ; mais c’est la première fois qu’il tente une distance pareil avec un dénivelé pareil ; il est confiant et pense arriver vers 13h-14 le lendemain (c’est ce qu’il fera puisque je l’ai rencontré le Samedi sur le salon de l’ultra) ; nous échangeons sur la stratégie à adopter sur la nourriture et la boisson ; je fais le prétentieux en montrant mon bracelet jaune avec les passages prévus sur les points du parcours ; 23h je pensais mettre et donc après reflexion 150eme ; il y avait un problème d’appréciation ; enfin c’était des indicateurs pour se motiver ou pour se casser le moral et le mental. Nous nous quittâmes à la sortie du bus en nous souhaitant bonne course et du plaisir dans ce périple.

15eme en 2012 ; 16 en 2013 et l’attente.

 Je sors du bus et j’aperçois un traileur qui visiblement n’hésite pas à trouver la route pour monter à la place brocherel de Courmayeur ; on échange et c’est un mec de l’équipe Technica ; il a déjà à son actif 2 CCC ,2 UTMB et 1 TDS ; il me conseille de bien considérer la TDS comme difficile et très technique ; il compte arriver vers 23h et se placer ; il arrivera vers 1h du matin en 16eme au général et 3eme V1M ; respect Patrick Pajean !

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Boulanger de Bourg-Saint-Maurice

Habillé tout en blanc Salomon, Eddy , dossard 8256 (boulanger au super U de Bourg)  se mêle à notre conversation avec Patrick sous l’arche de départ. Très sympa et bénévole en tant que fermeur sur la TDS l’année dernière entre Courmayeur et Bourg-st-Maurice ; il a la fougue de sa jeunesse et son enthousiasme à en découdre en 21h ; je m’incline face à un petit jeune. Mes 23h sont prévues pour un vieux V1 mais j’espère les tenir.

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Le débriefing et le départ

Avec une voie typiquement italienne, Marco le responsable UTMB du coté italien, nous motive en nous traitant de héros (avant l’heure je pense… il faut rester humble et modeste) ; le speakeur abonné des courses de la vallée nous demande de crier notre joie ; il nous relance une deuxième fois puisqu’il  nous vexe tous en nous faisant remarquer qu’il devait y avoir 2 traileurs sur le départ vu l’enthousiasme en retour. Il nous fait tenir les mains de nos voisins traileurs en haut avec les bâtons pour la photo souvenir du départ.

Derniers conseils de Madame Poletti, sur le respect de la montagne, la solidarité entre coureur et l’esprit montagne et la possibilité d’une pluie fine en nuit du coté du Cormet de Roselend.

45s…

Ca y est ; on y est presque… tant d’heures passées à s’entrainer ; à faire les mêmes montées 10 fois dans le Pas de calais… toutes les belles randonnées dans le Yosemite et au Lac Tahoe en Juillet en mode trail et découverte ; le half-dome en 3h ; l’heure de vérité a sonné ; faut pas se griller et bien gérer. Je remets mon GPS à zéro plusieurs fois ; mais il ne capte pas le satelitte et je m’aperçois qu’il est encore à l’heure de San-Francisco 21h59 !!! faudra bien qu’il se synchronise à nouveau et il tracera quand il voudra.  Quelques photos encore pour l’ambiance et un petit film à 45s du départ.

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5.4.3.2.1 et c’est parti en allure soutenue ; ca double déjà sur les pavés et puis la descente vers le parking des bus puis le village et le lavoir ou nous avions fini la reconnaissance de mai dernier ; ça y est ça monte sur les pistes de ski et je sors les bâtons du sac.

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Checrouit ; 1er troncon

Dans la montée, je m’efforce de continuer à monter vite tout en enlevant ma polaire (je veux la garder sec au cas où) et la mettre dans mon sac avec les bâtons sortis et encombrant ; j’optimise la montée et j’économise 1 minute… je suis fier ! (je ne sais pas encore que je vais compter en heure après !) ; c’est super beau sur le plateau et tout vert sans neige par rapport à mai dernier ; on prend exactement le chemin pris et testé. Le premier Ravito et premier Coca du matin !

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Combal

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La descente vers le lac Combal est magnifique avec l’aiguille noire de Peuterey et le Mt-Blanc coté italien ; je ne suis pas habitué a cette perspective ; nous restons un moment sur le flan en montée légère puis la descente vers Combal et le Ravito au fond de la vallée ; je passe vite mais prends des forces ; je ne connais pas ce trajet et cette montée au Col de Chavanne ; je dis merci à madame Bip qui top mon dossard pour la trace SMS , Web et surtout la preuve que je suis passé.

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Col de Chavannes (2603m)

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Superbe col et une vue magnifique ; je consulte mes SMS sans y répondre et je vois que je suis suivi à la trace et que nombreux ont constaté que j’avais de l’avance sur mes prévisions (17 minutes) ; il est 10h27 du matin et déjà 19,7 km et 1962D+ ; ca me donne du courage de le savoir.

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Je plaisante avec les bénévoles en voulant faire le mont Lechaud à 2805m au lieu de partir dans la descente sur le chemin 4x4 ; de nombreux véhicules des bénévoles sont sur le chemin dans la descente garés sur le coté ; un 4x4 immatriculé 95 me dépasse; beurk le gasoil ; je me fais doubler beaucoup mais je me préserve comme je me dis pour me rassurer. Avant d’arriver sur le beau Lac de Vernay ; une personne avec un gilet finisher de la TDS 2012 nous encourage ; il y avait eu 40% de finisher .

Lac Verney et Col du Petit Saint-Bernard

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Une petite remontée vers un nouveau col et un chemin taillé et escarpé à travers des grosses fleurs ; ce n’est pas a priori un chemin de randonnée ; il a été fait pour nous à travers la verdure haute ; ca glisse et c’est humide.

Grandiose ce lac et au fond le Col du Petit-St-Bernard ; un grand moment de bonheur et le trail qui passe le long de l’eau sur la longue plage… puis la montée terrible encore une fois à travers un chemin ou il est impossible de planter les bâtons ou des les placer pour s’aider. Une très belle ambiance à l’arrivée ; un groupe de filles déguisées en vache avec cloches sont la ; on les retrouvera aussi à Bourg Saint Maurice. Je ne tarde pas trop mais fait bois beaucoup et déjeune bien et prends des réserves dans mon gobelet pour manger en marchant dés la sortie du Ravito. Déjà beaucoup de monde éprouvé et assis qui récupère sur les bancs. Je range mes bâtons et j’appréhende la grande descente sur la voie Romaine, je me fais doubler modérément  sous cette chaleur.

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A travers le village de Séez, de beaux chalets et enfin du monde pour nous accompagner dans cette descente infernale ; des escaliers en bois maintenant en rondins ; ‘ca fait du bien’ dis-je tout haut à des personnes sur un banc ; ils rigolent.

Des petites filles sont sur un muret et ont fait un cercle de cailloux ; je leur fait une grimace ; elles rigolent et me disent  « t’as vu, c’est beau » ; je leur conseille de mettre des fleurs au milieu puis je continue de me diriger vers une route maintenant.

 Je ne pensais pas mettre 2h pour arriver à Bourg Saint Maurice.

Bourg-Saint-Maurice

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A 800m d’altitude ; il fait chaud au fond de cette vallée ; ce n’est pas très joli sur les 3 derniers kilomètre du centre-ville. Arrivé par la gare, je pense à tous ces skieurs de l’hiver qui ne se doutent pas qu’en été il y a des traileurs qui passent ici au bout de 50km depuis Courmayeur. Le ravito est sur une belle place et c’est un point d’assistance autorisé pour les coureurs ; je n’ai prévu personne ; trop loin de Chamonix, moi ça sera vers 1h du matin aux Contamines normalement ! Je me restaure et commence l’eau gazeuse pour prévenir les crampes et me préparer à la montée de 2000D+ qui nous attend. Contrôle systématique des sacs de tous les traileurs à la sortie, sage précaution car ca va être très sauvage et la nuit sera au rendez-vous dans 5 à 6h.

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Dans les rues de Bourg Saint Maurice, j’échange avec un homme sur vélo qui m’annonce que ca va être magnifique la montée, puis je fais semblant de prendre un cornet de glace à des touristes ; je me plains avec humour à deux autres dames que je n’avais pas signé pour monter et descendre et que je le savais pas.

 A peine sortie du ravito à 1km qu’une fontaine est sollicitée pour se rafraichir et se désaltéré ; ca promet…

Fort de la Platte

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Le chemin monte fort mais encore un peu ombragé ; puis je tombe sur Eddy allongé en travers du chemin qui se tient la cuisse gauche ; je m’arrête et lui demande si c’est une crampe. Il a une boule dans le muscle, donc un claquage comme il le pressent ; il commençait à le sentir à arrivant à Bourg Saint-Maurice ; La première montée raide après un effort de 52km lui a été fatale ; je n’ose lui dire « bien, t’es chez toi maintenant ; rentre te soigner » ; c’est à lui de prendre la décision ; j’ai mal pour lui ; un gars du pays qui explose ici ; tout s’écroule pour lui. Je prends conscience encore plus que tout ce qui peut m’arriver et que personne n’est à l’abri. Au Fort de Platte ; déjà des traileurs affalés se reposant et reprenant souffle ; je m’y attarde un peu pour des photos mais je ne veux pas qu’ils me transmettent leur fatigue et leur manque de motivation. Je commence à sentir des douleurs un peu partout et devient hypocondriaque. J’ai l’impression que les douleurs passent d’une jambe à l’autre, d’un genou à l’autre… c’est stressant mais ca tient et c’est surement normal ces influx nerveux de douleurs.

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Col de la Forclaz

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Belle bergerie dans cette petite place forte avec des chèvres ; Un ravito et surtout un conseil de remplir nos poches d’eau ; plus aucun ravito d’ici le Cormet de Roseland ; j’ai ce qu’il faut et je continue à une bonne allure mais je sens déjà que je manque de carburant ; trop de sucres Haribo ; alors je me force à manger des petites galettes de gâteau sport qui se digèrent vite ; et du powerade en boisson. ; je m’accroupis longuement et fais quelques étirements… pas trop mais suffisamment pour oublier les premi&egegrave;res douleurs musculaires, articulaires. Je me dis alors ; si je finis cette TDS ; je ne mettrai pas le gilet TDS de finisher dans Chamonix ; je veux rester humble et en fait c’est pour moi ce défi et pas pour les passants pour craner. Un signe distinctif qui ne m’empêchera pas de discuter avec certains finishers TDS dans Chamonix.

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Vers le Passeur de Pralognan

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Déjà , de nombreux traileurs en déroute dont un assis que je me prends à réconforter et à lui demander s’il  a des crampes. Problème digestif, il a trop forcé et son appareil digestif a bloqué pour privilégier les muscles ; c’est une réaction de survie mais qui est fatal au 60eme km.

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 Il repart quand même et me double quand je décide de mettre ma veste imperméable ainsi que mes gants ; j’avais l’impression de perdre de l’énergie en bravant la fraicheur qui arrive maintenant. Bien qu’éprouvé par cette montée ; j’apprécie ce paysage et je constate au loin le passage du Passeur ; c’est magnifique et grandiose cette partie naturelle. La TDS mérite bien son qualificatif de ‘Très nature’. En montant un ermite en Slip kangourou très Glamour , avec son sac à dos d’un autre âge. Il prend des photos ; nous sommes tous couverts et lui presque à poil !!!

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Passeur de Pralognan

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Enfin le col et cette fameuse descente ; Il va falloir s’accrocher… même avec la corde ; c’est très technique et glissant et plein de roches ; on ne peut courir ; d’ailleurs plus personne de court et ne courra jusqu’au Cormet de Roselend (sauf exception de 2 à 3 coureurs qui courront aussi vite que l’on marchera  sur le plat en direction de ce Ravito) ; un hélicoptère nous passera au dessus en filmant ; je fais signe en espérant être dans le futur DVD de cette course ; il en a fait des rushs de films ! Cette descente est très glissante et j’ai bien failli me faire surprendre et me blesser en tombant  même avec la corde dans les mains ; j’ai de suite pensé à sentir mes jambes si je n’avais pas fait un faux mouvement en tombant et en déclenchant une crampe fatale ou claquage ! La solidarité entre traileurs est là et, de suite, des demandes d’état de mon physique affluent  ; il va falloir se calmer et ca me refroidit. « Tout est OK, merci »je leur lance pour les rassurer et pour me rassurer aussi !

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Cormet de Roseland

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Quand je rentre dans ce ravito ; il fait encore jour et je laisse mon ami de 2h s’arrêter et échanger avec la femme d’un traileur qui a déjà abandonné à Bourg Saint Maurice ; je lui ai conseillé de s’arrêter longtemps à ce Ravito, de bien manger et de se réchauffer pour remettre la digestion en activité. Je ne reverrai pas ce lyonnais d’origine et je pense qu’il fera partie des 200 abandons à cette étape ; un haut-parleur demande d’ailleurs aux abandons de se rendre au bus à l’extérieur ; ca fou des frissons.

Je décide de bien manger ma soupe, du pain, du saucisson, du fromage, des gâteaux, car je sais que la nuit est bientôt la !

Je remplis ma poche avec de la boisson énergétique ; beurk mais ca sera trop tard quand je m’en rendrai compte dans la montée au col de la Sauce. Je sors du Ravito et je souhaite bonne nuit à une traileuse que je double et je m’accroche à un train d’anglais.

 

Le noir complet et perdu

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Je n’ai toujours pas de réseau pour prévenir que j’aurai du retard à ma famille qui comptait venir me soutenir aux Contamines ; je décide de mettre mon téléphone en mode sonnerie et dés que j’entendrai un bruit de SMS, alors c’est que le réseau est revenu ! Quelques kilomètres entre La Sausse et la Gitte, j’arrive enfin à les joindre et à leur téléphoner à la lueur de la frontale tout en montant.   J’ai au moins 1h de retard, voire plus ; je leur conseille de ne pas venir tout en espérant qu’ils seront la ; ils vont attendre jusqu’à 3h du matin a 1 km des Contamines avec une banderole « RUN FORREST, Courage KIKI »

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Dans la conversation Sophie, ma sœur me parle d’1h30 pour le col Joly ; je comprends que j’ai encore 1h30 pour y aller alors que c’est  1h30 du matin au col d’après les estimations du site web… ca me rend un peu dépité mais j’encaisse.&nbnbsp;; Je préviens aussi Fabrice qui veut m’accompagner de Notre Dame de la Gorge à Chamonix en entrainement pour sa Diagonale des Fous en octobre prochain ; il me confirme qu’il est sur place depuis 21h15 et qu’il m’attend ! je vais le faire attendre beaucoup, la descente du col Joly de 10km vers Les Contamines sera un peu glissante et surtout éprouvante ; je commence à bloquer au niveau des gestes de descente ; heureusement que j’ai les bâtons !

Toute la partie entre La sausse et le col de la gitte est dans le noir et une petite bruine qui va me refroidir et me faire douter ; je m’accroche à un train de traileur dont mon wagon sera un d’origine de Laponie ; je me suis excusé d’avoir confondu son drapeau avec celui de l’Autriche. Mes remarques en français sur le parcours ne seront pas comprises ; Aux lueurs des frontales ; je devine et prends les montées et les descentes et j’espère toujours arriver sur un relief connu ; celui des Contamines et du domaine de ski que je connais l’hiver. Je comprends au détour d’un feu d’un bénévole sur le coté du chemin que le chemin du curé ; voie de descente escarpée et taillée dans la roche, est bientôt là&nbsnbsp;; je l’ai vue en photo, je vais la découvrir à la frontale et c’est aussi impressionnant de ne pas savoir combien de mètres fait le gouffre à droite ; le bénévole nous dit ‘faites gaffe à la descente’… tu m’étonnes… tu trébuches et tu passes dans l’autre monde dans le torrent d’en bas .

Je continue à m’alimenter mais l’eau de la poche avec cette boisson énergétique me donne mal au cœur ; je n’arrive pas trop à boire en fait.

Vers JOLY

 Enfin nous arrivons au sommet et à l’est du col Joly ; c’est long et j’aperçois certaines remontées mécaniques sur ce flan de montagne.

Je distingue le Ravito avec le chanteur « Sting » en musique dans les haut-parleurs ; je pense au « main square festival d’Arras » de cette année. Un 4X4 monte et éclaire le large Chemin ; il vient chercher un traileur qui s’est luxé l’épaule ; il était blotti dans un coin du chemin calme et la mine défaite. Le 4X4 fait demi-tour pour se trouver dans le bon sens et éclaire le chemin comme 100 frontales ; je plaisante avec des traileurs en leur disant que je viens de changer les piles.

J’arrive au col Joly et je me fais Bip ; je dis au bénévole « c’est fou cette musique forte ; vous allez faire peur aux vaches » !

Le ravito est presque vide mais les bénévoles très sympathiques et heureux de nous accueillir ; je mange rapidement car je me sais attendu ; je repars par l’entrée du chapiteau  et on me conseille de sortir par l’arrière du chapiteau.

Notre Dame de la Gorge

Fabrice arrive à me joindre dans la descente et s’inquiète ! Je lui confirme que je suis à 200m de la chapelle de Notre Dame de la Gorge ; il est rassuré et ne prête pas attention à  la distance évoquée ;  j’aperçois des lumières et puis une frontale qui monte à contre sens ; je crie « Fabrice » sans réponse ; il m’attend bien au petit pont ; je le rejoins enfin et je marche rapidement même si c’est du plat ; c’est presque gagné mais on doit encore se ménager pour les 30 derniers kilomètres.

On échange sur mon physique et me rassure et me réconforte ; Merci encore Fabrice d’avoir attendu aussi longtemps ;

Les Contamines

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Nous arrivons enfin sur un espace dégagé et je comprends au son de la voie de Gaëlle qu’ils sont tous la (Gaëlle ma fille , Sophie ma sœur ,Florence ma belle-sœur, David mon frère , Jacques mon oncle, Papi mon père), et Thomas  ; je crie « Gaëlle » et ils déploient une banderole et m’accompagnent en marchant vite au ravito des Contamines ; je n’en reviens pas de marcher dans la nuit avec eux et a échanger ; je ne peux les embrasser puisque je me sens un peu salé et en sueur ; ce fut un magnifique accueil ;

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Ils me quitteront à la sortie du Ravito des Contamines à 4h du matin avec Fabrice qui avait décidé de finir cette TDS avec moi. Je remets de l’eau dans ma poche et me nourris pour la montée au Col de Tricot. J’ai pris du temps aux Contamines pour profiter de mes proches et s’avourer cette nuit irréelle et avec un grand espoir de finir cette TDS 2013.

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Tricot via Miage

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Le parcours a été reconnu en mai dernier et je sais que ça va casser les jambes ; j’ai vraiment repris du poil de la bête et les montées ne me posent pas de problèmes ; on échange avec une fille qui visiblement peine dans la montée aux chalets du Truc ; elle fait partie d’un groupe d’amis et elle est satisfaite de sa place et de son temps. Je reconnais de nuit les chalets que nous avions vu sous la neige en Mai dernier, puis la descente vers les chalets de Miage et la montée au col de Tricot démarre.

Un groupe estime la montée à 2h30 ; il est 5h45 et je corrige leurs estimations en indiquant que je serai en haut au levé de soleil à 6h30 ; c’est ce qui sera fait pour Fabrice et moi ; c’était un chemin sinueux dont on ne voyait pas le bout, ni la sortie sur le col ; je me disais, profite ; c’est la dernière montée de cette TDS (ou presque). En fait magnifique et grandiose ; je n’étais jamais venu ici et je redécouvre la vallée de Chamonix enfin.

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Le Beep de contrôle du bénévole indique 320eme ! J’incrémente le compteur avec ceux qui me doublent dans cette  descente douloureuse encore ; je me ménage car je veux terminer et je ne prends plus de risque ! En fait le classement est mauvais ; et je suis 395eme au col ; j’ai grillé 23 personnes dans la montée !

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Bellevue

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La passerelle au-dessus du torrent du Glacier de Bionassay ; elle est franchie par deux (question de sécurité), Le passage de la moraine est très pentue et de nombreux traileurs ne comprennent pas pourquoi ca monte encore ; enfin Bellevue après 3 portes avec gros ressort anti-passage de vaches : un bruit bizarre à chaque passage de traileurs  dans cette montagne que l’on a dompté ou qui nous a laissé passer tous (enfin ceux qui sont autour de moi). Les voies du train à crémaillère sont franchies et Bellevue enfin. Un contrôle de dossard et un beep et la descente

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Vers Les Houches et les gaillands.

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La descente de la piste verte de ski où on se teste en vitesse en famille ; puis le chemin à côté de la cabane de la  remontée mécanique et maintenant des bois et un chemin ; je continue à faire attention à ne pas glisser. Le chemin est légèrement différent de celui pris lors de la reco en mai dernier ; il évite en fait le couloir d’avalanche et les parties ou il y a des arbres arrachés.

Un photographe tapi sur le côté de la route immortalise les rescapés devant l’Aiguillette des Houches. A nouveau des habitants nous précisent qu’il reste peu pour le Ravito qui est à l’église. Un rapide breuvage comme disent les canadiens et nous repartons Fabrice et moi en direction de la gare des Houches ; c’est évident maintenant le chemin pour moi, presque par cœur ; je décide alors sur ce chemin de 7-8km de recourir à plat à allure soutenue pour ne pas mettre 2h pour y arriver et ne pas faire trop attendre la famille à Chamonix. Je leur téléphone à 3km de l’arrivée et ils sont déjà au centre de Chamonix ; c’est super et je suis très honoré.

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Chamonix au sprint

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Le site de l’accro-branche est franchi et je deviens euphorique même si les jambes sont lourdes et  me le font savoir. La petite montée vers l’EMHM est la dernière difficulté et j’arrive à courir et à doubler ceux qui marchent et qui sont tétanisés. Je me sens des ailes sur le dernier kilomètre ; je rencontre Gaëlle qui m’accompagne dans la rue principale de Chamonix ; ca déroule vite.

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Fabrice passe par le haut pour m’attendre sur la ligne d’arrivée ; je vois au loin devant la Poste la banderole de ma famille « Run Forrest, courage Kiki » en plein milieu des spectateurs. Je décide, je ne sais pas pourquoi encore de tenter un sprint , et ça marche et ca court… , Louis mon fils , Vincent mon filleul, Timothée arrivent à m’accompagner sur les 50 derniers mètres sous l’arche d’arrivée. Le speakeur me dit seulement « ca va Christian » en voyant mon dossard ; « ca va » et je savoure assis sur l’estrade ; content d’avoir fait cette TDS et fier d’avoir ma famille à côté de moi et mes amis comme Dhouha et Fabrice.

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Epilogue et remerciements !

Je n’oublierai pas aussi tous les sourires des bénévoles et les paroles échangés ; ils sont tous des supporteurs en puissance tout au long du parcours ; ils savent pour certains ce que c’est un ultra et nos problèmes ; encore un grand merci de leur soutien ; j’ai toujours été très poli et respectueux car sans eux ; pas de course.

Pour la deuxième année ; je réussis une des courses de l’UTMB ; ca parait trop facile ; on oublie très vite les entrainements et les contraintes, les levées très tôt pendant les vacances pour être en famille pendant la journée; je suis content et je n’ose imaginer avoir essuyé un échec, et une certaine honte si je n’avais pas réussi compte tenu de l’année passée et de mes ambitions que je n’imaginais pas, il y a à peine 3 ans ; c’est passé, reste un grand moment de plénitude et de nostalgie en voyant nbsp;le film sur dailymotion  ; c’était magnifique, dur , parfois douloureux mais l’impression d’avoir dépassé ses limites et d’avoir fait un ultra exceptionnel et faire partie des finishers ; quelle chance ! Je remercie tous mes suiveurs par SMS, Web , ma famille, présents sur place , Fabrice mon fidèle ami qui m’accompagné pendant la nuit ; ce fut d’un grand réconfort ; Les Contamines était un havre de paix et une pause exceptionnelle ! C’était la plus belle course de ma vie !

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