Famille BAUDET (Arras)

"L'humanité assise est minée par la fatigue nerveurse. Courir, c'est le moyen d'échapper a la sédentarité."
"La douleur est éphémère mais la fiérté est éternel."
36 jours : Ultra-Trail du Mont-Blanc

A travers le groupe PTL 2015 privé sur Face-book; de nombreux échanges entre les équipes finisheuses et arrétées; presque toujours du respect et des remerciements pour l'organisation. d'autres échanges d'équipes qui n'assument pas leurs faiblesses sur les reconnaissances et le travail en équipe en amont pendant 1 année.

Le texte du colonel COURAU (Chef de EMHM actuellement et participant à la PTL) résume très bien les qualités d'une équipe et de la préparation pour ce genre de raid. 

Merci à Hilaire COURAU de m'avoir envoyé personnellement son texte après quelques échanges par FB; je voulais connaitre sa gestion du sommeil et ses secrets de sa réussite.

 

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Dimanche 30 août 2015 à midi, une équipe de l’Ecole Militaire de Haute Montagne franchissait la ligne d’arrivée de l’épreuve d’ultra-endurance la Petite trotte à Léon, après cinq jours et cinq nuits d’efforts quasi continus. Organisée dans le cadre des courses de l’Ultra Trail du Mont Blanc, cette course sans vainqueur et sans véritable enjeu avait été créée et imaginée en 2008 par le colonel Jean-Claude Marmier, celui-là même qui fut le premier chef du Groupe Militaire de Haute Montagne de 1976 à 1986.

 

A l’image de ce personnage emblématique et haut en couleur, le parcours de 300 km pour 26 000 m de dénivelée autour du toit de l’Europe, se veut exigeant, rustique, technique en sortant régulièrement du « confort » des sentiers, et finalement requiert la plupart des qualités qui font le montagnard : minutie de la préparation, endurance sans faille, gestion exigeante de la course, adaptation permanente au terrain, condition physique et mentale irréprochable de chacun des membres de l’équipe, et surtout humilité face à la montagne…

Au cœur de l’aventure, une équipe de trois officiers chasseurs alpins de l’école mère des troupes de montagne, l’EMHM, liés par le même objectif et mus par la volonté de rendre modestement hommage à leur ancien, partant se confronter à d’autres coureurs venus des quatre coins du monde. Au fil des kilomètres, des cols, des torrents, des fonds de vallée, des sommets, des nuits sans sommeil, des ravitaillements, des refuges partenaires et du soutien extraordinaire des bénévoles de l’organisation,  chacun va d’abord se découvrir soi-même. « On ressort de cette épreuve grandi par la connaissance de soi et de ses compagnons d’équipée. On prend conscience des ressources inimaginables qu’offre le corps humain, pour peu que la tête sache et veuille les mobiliser » témoigne le lieutenant-colonel Hilaire COURAU. L’équipe apprend à gérer l’effort collectif et exploite ces immenses possibilités du corps humain, « Je me suis surpris moi-même, jamais je n’aurai imaginé cumuler tant d’efforts avec si peu de sommeil…. » déclare le capitaine Eric Morland. « Cette chevauchée n’est pas tant une prouesse physique qu’une épreuve de gestion de la souffrance et de mise au pas du corps par son organe noble… Nous y avons compris que le cerveau commandait en (presque) tout ! » ajoute le lieutenant-colonel Augustin Jacqmin, contraint à l’abandon sur blessure au deux tiers du parcours. La course pourrait d’ailleurs se raconter en trois phases d’environ 100 km et 9000 m de dénivelé chacune : une première phase de mise en route et d’euphorie pendant laquelle cerveaux et organismes sont à l’unisson, une deuxième phase d’apparition de toutes les douleurs, l’organisme prenant le pas sur le cerveau en tentant d’obtenir l’abandon et une troisième phase de suprématie de la volonté, l’organisme dompté ayant intégré la détermination à arriver au bout.

Le secret de la préparation de l’équipe : la motivation, la rigueur et l’expérience. Un projet né une année plus tôt, presque sur le ton de la plaisanterie, avec au programme quelques longues séances d’entraînement, de jour comme de nuit, par beau et mauvais temps, souvent en fin de semaine et en dehors du service. Un certain nombre de tests d’équipement ont permis de trouver le matériel adequat permettant notamment de faire face à des conditions météorologiques potentiellement sévères. De longues heures passées sur les cartes à étudier chaque détail du terrain pour optimiser l’orientation, ne pas être pris au dépourvu et finalement gagner du temps. Il a également fallu préparer et mener des reconnaissances de l’itinéraire, établir une tactique de course et ne rien laisser au hasard : cette épreuve se prépare, toutes proportions gardées, comme une véritable expédition, avec la rigueur et la méticulosité d’une opération militaire. Car contrairement à ce que l’on peut imaginer, cette réussite n’est pas le fait de performances cumulées de trois athlètes de haut niveau, ce qu’ils ne sont surtout pas, mais plutôt d’une synergie vertueuse dans laquelle les fondamentaux militaires peuvent démontrer toute leur efficacité. C’était bien là le sens de la constitution de cette équipe composée du chef de corps de l’EMHM, de son commandant en second et de son officier supérieur adjoint.

 

Compromis entre l’ultra-trail et une course en haute montagne, cette forme de raid est avant tout une grande et belle aventure humaine ; elle permet de mettre en exergue toutes les qualités du soldat montagnard qui font la force de la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne et des unités spécialisées montagne. Nul doute que d’autres unités auront à cœur de relever le défi pour l’édition 2016.