"L'humanité assise est minée par la fatigue nerveurse. Courir, c'est le moyen d'échapper a la sédentarité." "La douleur est éphémère mais la fiérté est éternelle."
   161 jours : Marathon de Londres 2019    146 jours : Mariage de Gaelle et Thomas

171Km 10000D+

 

Abandon sur l'UTMB 2018.

(UTMB 2014 et 2017 finisheur)

Tiré au sort (1 chance sur 5) avec mon ami Christophe P. 

 

 Présentation de L'UTMB / Le Tracé en vidéo

Christian(2165) (abandon volontaire à Courmayeur) 

Le récit de cet échec et des raisons...

 

 

 

L’UTMB de Trop

L’UTMB est une épreuve soumise à des antécédents de réussites de 3 Ultra-trail d’au moins 100km sur 2 ans. Le tirage au sort en janvier des prétendants déterminent les heureux élus.

Finisheur en 2014 et 2017 et ayant répondu à tous ces critères, j’avais pour 2018 1 chance sur 5 d’être à nouveau pris au tirage au sort. L’effet pervers est de s’inscrire pour ne pas être pris et bénéficier d’un coefficient * 2 pour l’année suivante.

Quand je m’inscris en Décembre 2017 avec Christophe en groupe, je m’attends à être refusé pour 2018 et préparer l’UTMB en 2019 avec une motivation pour redécouvrir le parcours que je connais beaucoup pour avoir fait des reconnaissances CCC et UTMB depuis 2012. Le refus au tirage au sort du 90km du mt-blanc fin Juin est aussi un facteur qui me pousse à me réinscrire.

En Janvier 2018, les résultats tombent et je suis à nouveau pris à mon grand étonnement. Il va falloir l’annoncer à ma femme et s’organiser en conséquence pour pouvoir s’entrainer autant qu’en  2017 à Annecy et Chamonix.

Ma sœur n’est pas prise sur la CCC et demandera un dossard Solidaire.

Il faut se motiver et entreprendre un entrainement spécifique après le marathon de paris. Le 85km de la Maxi-Race est déjà réservé fin mai. Le trail Verbier-Saint-Bernard de 75km début Juillet aussi. Ce sera des passages obligés pour se remettre à reprendre des sensations. J’ajoute les entrainements sur les terrils de Loos et au mont Saint-Eloi.

Reste à programmer des entrainements entre le 10 juillet et le 31 Aout. Des Vacances en Italie au Lac Majeur (Verbania)  paraissent idéales pour s’entrainer et occuper toute la famille avec le Lac. Il s’avérera que les chemins et les possibilités de sorties ne seront pas assez faciles à organiser et difficiles d’accès avec des chemins parfois inexistants mais marqués sur les cartes. J’arrive quand même à faire 110km et 4400 D+ la première semaine du 11 aout au 18 en Trail et en randonnée.

Il me manquera 10000D+ d’entrainements entre 2017 et 2018 avant le 31 aout.

 

Avant le 31 Aout

L’épreuve fatidique arrive, je me rassure en me disant que j’ai de l’expérience et que je vais savoir gérer ce petit manque d’entrainements que je conçois (mais que je n’ai pas encore évalué). Le parcours que je connais trop me fait faire des rêves ou cauchemars qui m’interpellent dans le fait que je vais refaire et souffrir aux mêmes endroits. C’est un privilège d’être au départ d’un UTMB et je ne conçois pas de n’être pas sur la ligne de départ.

La Satisfaction et la motivation reviennent vite lors des prévisions météorologiques qui annoncent que 10% de précipitations et un calme relatif. L’édition de 2017 a été très éprouvante sur les 2 nuits avec des températures ressenties à -9. La découverte des paysages par beau temps en 2014 est super moteur.

J’ai refait mes temps de passage et je pense être à Courmayeur pour 8h30 et je veux tout donner pour passer et ne pas stresser avec les barrières horaires que je n’ai jamais subies.

 

 

Le 31 Aout

Les vidéos du Départ

https://youtu.be/pCau9IDrxsE

https://youtu.be/ueN3VjfOowo

https://youtu.be/WhCWrTbYhVw

https://youtu.be/tiyqW1hOhss

 

La dégradation est plus méchante que prévue et l’organisation à 3h du départ déclenchera le Kit grand froid. Je revois mon équipement et la pluie dès le départ me poussera à partir en pantalon et anorak étanche. Christophe a amené un parapluie au départ. Madame Poletti (directeur de Course) informe que c’est météo est une météo normale de montagne fin Aout. Il est vrai que ce n’est pas pire qu’en 2017.

 

Je sais que mon oncle sera aux Houches au pont de la gare, ma famille dans le chalet à Maisons-neuve dans la montée du Delevret. Normalement je devrai voir ma famille à Courmayeur vers 9h-10h même si Sophie arrive de la CCC à cette heure-là. Si je booste et que j’arrive plus tôt que 8h , ca sera ma satisfaction d’avoir réussi cette première nuit et la déception de ne pas les voir sera minime (car trop tôt pour passer le tunnel pour Anne).

La pluie est présente de Chamonix au Col de voza puis s’estompent un peu dans la descente de Saint-Servais, puis reprends et nous ne quittera qu’au lieu-dit des  Chapieux.

Je m’efforce d’être dans la course dès le début mais la première montée est dure avec beaucoup de Monde. J’arrive 900 en haut , mais le descente fut un calvaire n’étant pas capable d’allumer et avec déjà un manque d’énergie. J’aurai du m’arrêter pour m’alimenter mais le sentiment de me faire doubler et de perdre de places dans les descentes me pousse à continuer. J’arrive à Saint Gervais et déjà j’ai perdu 200 places ! C’est énorme. Je ne la sais pas encore.

Je m’hydrate un peu et essaie de manger un peu.

La montée aux contamines est difficile et je sais que la course en montagne commence à partir des contamines. Il fait que je fasse une bonne pause aux contamines pour reprendre des forces, il faut que je m’assoie, j’ai déjà mal aux jambes.

Je suis pourtant encore dans mes prévisions

Les Contamines

Après un chemin que je ne comprends toujours pas pour arriver dans ce Ravito-ville.

Je suis encore dans l’horaire prévue. C’est peut-être en voulant respecter ce timing que je commence à me mettre dans le rouge et à être au-dessus de mes milites.

 Je trouve un endroit pour m’assoir et me changer car je suis tremper et la montagne froide arrive avec le col du bonhomme. 2 compotes et un Coca au Ravito, je me change et en partant, des biscuits ‘tuc’ et du powerade.

Je ne fais pas 100m après le Ravito que j’ai des envies de vomir… et je vomis ! Presque toutes mes apports alimentaires sont rejetés et mon angoisse de réaliser le col du bonhomme via Balme (petit ravito) et la descente au Chapieux commence à m’angoisser.

La montée à Balme est difficile et je souffre. Je vais encore m’arrêter et me mettre assis dans l’herbe mouillé pour reprendre mes esprits et tenter de manger. Il y a beaucoup de monde dans la tente des soupes et bouillons. Je n’ose y rentrer de peur d’être malade avec l’atmosphère surchauffée.

Je repars tout en sachant que la montée sera dure. Je ne reconnais pas le chemin et estime plusieurs fois que le col est atteint. De même que le chemin vers la croix du bonhomme est d’après l’organisation  à 30minutes du Col. Je vais mettre 40mn pour être bipper…

La descente vers les chapieux n’est pas rapide, je me fais doubler encore. Je commence à me dire que je ne suis pas dedans. Le moral commence à être atteint.

Quand j’arrive aux chapieux , je passe rapidement sur le coté de la tente du Ravito et m’assoie sur l’escalier du dortoir. Je ne peux que vomir alors que je n’ai pas encore pris un aliment de ce ravito. Un membre de l’organisation me propose d’aller consulter, ce que je refuse dans un premier temps.

 Je pense que ça va passer et que ce n’est que passager. J’accepte la consultation de 2 jeunes médecins après avoir constaté que ça ne va toujours pas. La glycémie est OK, La tension est de 10-14 et le pou à 75. Nous dialoguons amicalement et je suis fier de leur dire que ma femme et ma fille sont aussi médecins. Une soupe est avalée et après 25mn de pause, il est déjà 4h11 du matin et la barrière horaire se fait déjà sentir. J’arrive à doubler jusqu’à la ville des glaciers mais déjà la montée au col de la Seigne est éprouvante et interminable. Je suis déjà dans un autre état mental.

 

La descente vers le ravito du Lac Combal est descendue doucement ; ce n’est pas la même descente qu’en 2014 et 2017 en courant et la plupart de coureurs marchent rapidement. On n’est pas dans les meilleurs coureurs mais dans la fin de peloton. Je regarde au loin si il y a encore des frontales , signe que je suis plus pret de la fin de la course que j’imagine. Mon but est le Lac Combal mais déjà ma réflexion est d’arrêter à Courmayeur si ca ne va pas mieux et si je n’ai plus de plaisir de me dépasser et que la force ne revient pas dans les jambes.

J’ai une lassitude qui prends le dessus et j’essaye d’avaler quelque chose à ce Ravito. Je n’ai même pas faim, je suis fatigué et presque décider à m’arreter à Courmayeur mais en faisant encore 1000D+ pour le fun pour rester dans la course au cas ou le matin me réveille.

L’arrête du Mont-Favre est éprouvante et je m’arrête souvent. On est tous au ralenti. Certains savent qu’ils seront comme cela jusqu’au bout mais c’est leur premier UTMB et ne savent pas ce qu’ils vont endurer. C’est surement un atout de ne pas savoir ce qu’il arrive en col et en montée. En 2017 lors de la X-Alpine, Un 120Km équivalent en point Itra à UTMB  (6points) mais en qualification montagne à 13 (contre 8 pour UTMB), je ne connaissais pas le parcours et heureusement car j’aurai surement craqué. Je m’efforçais de me dire que c’était fini, que j’avais fait le plus dur à chaque Ravito.

 

 

Au col Checrouit, je sais ce qu’il m’attend et déjà en forme, ca fait mal à partir de la Foully ou Champex , alors dans l’état ou je suis , en Hypo et dans un état qui prends le dessus sur la raison de vouloir continuer, j’envoie un message à Anne , que j’arrête et que j’ai été malade.

Anne m’avait dit que ce n’était pas grave si j’abandonnais (comme presque à chaque fois), elle trouve que l’on court égoïstement et pas forcément pour une bonne cause et en plus, on ne produit même pas de l’électricité.

Louis m’avait mis la pression en me disant que je n’avais jamais abandonné lorsqu’il venait me supporter.

 

COURMAYEUR

C’est très dur de prendre cette décision malgré des messages de Romain qui essaie de me faire raisonner. Ma forme m’aurai permis surement de continuer un peu mais sans envie et sans certitude de retrouver la forme et l’appétit sans vomir, les barrières auraient été de plus en plus serrés et je m’aurai usé et pompé dans mes forces et manqué de me blesser ou tomber. On ne saura jamais si j’aurai pu reprendre et terminer.

J’ai annoncé par what’s app et téléphone à Christophe que j’abandonnais. Il était à Arnuva déjà vers 11h30 et il a décidé d’arrêter pour problèmes gastriques ; il ne mangeait plus depuis les chapieux. Il était parti sur une bonne allure et de bon temps de passage. Étonnant qu’il arrête. Peut-être que je l’ai démotivé et retiré la pression positive d’un ami dans la course. Il a manqué de lucidité encore plus que moi ca il était largement en avance. Inconsciemment, c’était trop frais dans sa tête pour refaire la deuxième nuit tout seul. Nous nous étions aidés et motivés dans la nuit entre Champex et Vallorcine. Il aime l’UTMB car il connait le parcours mais refaire avec la fatigue cette deuxième partie est très éprouvante et il faut avoir du gros mental pour ne pas céder.

Ma sœur Sophie a été arrêtée à Trient le matin même à Trient. Elle a été déçue mais sa vitesse à plat n’est pas importante et elle avait été toujours limite au niveau temps sur des trails aux USA. Ca ne pardonne pas sur la CCC , on ne peut pas être finisheur avec une moyenne de 3,5 km/h.

 

Les prévisions de passages optimistes et statistiques montrent bien que j’allais être limite et subir les barrières tôt ou tard. Ca a beaucoup joué dans le mental lors de l’arrivée à Courmayeur.

 

Assumer et Changer

Même après, et même après une certaine honte de n’avoir pas fini et surement d’avoir déçu certains, je repense à mon envie de ne vouloir pas refaire la montée à Bertonne et le grand plateau vers Arnuva et surtout le terrible col ferret. Je sais maintenant ce que ca fait d’abandonner et d’être confronter aux questions et m’expliquer. C’est dur mais c’est formateur. Je sais maintenant que l’Utmb n’est plus pour moi. Qu’il me faut du nouveau pour me dépasser et surtout m’entrainer dans un but motivant. L’UTMB est un rêve pour beaucoup, c’est une étape ultime pour tous les traileurs. C’est du long, très long trail mais pas technique. C’est roulant, d’ailleurs sa note montagne est de 8, comparé à la X-alpine qui est de 13 !

Il existe un équilibre inconscient entre les entrainements passés et réalisés et la faculté de se dépasser. Est-ce que je mérite d’être finisheur ? est-ce que cette course est unique ? est-ce que j’aurai la possibilité de la refaire ?  Comment assumer l’abandon et comment se persuader que l’on a bien fait d’abandonner et que l’on ne regrettera pas ?

Place aux programmes 2019, sur de nouvelles montagnes comme l’Ultra trail EIGER en Suisse ou L’UTAT au Maroc , avec d’autres motivations et envie de découvrir d’autres vallées, et d’autres ambiances. Je pense que les trails sur Chamonix ne sont plus motivantes pour moi maintenant. Je connais tous les chemins par cœur.

 

https://www.eigerultratrail.ch : Le 20-21 Juillet 2019. 101km /+ 6700 D+ en Suisse.

http://www.atlas-trail.com : Le 5-6 octobre 2019 : 105km / +8000D+ au Maroc.

 

Le palmarès maintenant est avec un DNF ! ça fait moins beau ;-)